Cave dîmière sous le 1 rue du Tournebroche
60000 Beauvais
Rapport de visite

par Francis CAHUZAC



Particulièrement bien pourvu en pierre à bâtir, le bassin parisien recèle dans son sous-sol une quantité insoupçonnée de caves ou anciennes galeries où cette roche fut extraite et qui confère à certaines villes une renommée légendaire.
En Picardie, où la craie semble prédominer, les premiers bâtisseurs ont su remarquablement en sélectionner les variétés les plus dures pour construire les admirables chef d'œuvres que les guerres on pu nous épargner.
Ainsi, au cours de la journée du 20 janvier 2001, notre groupe de recherche a pu découvrir dans la capitale de l'Oise une cave dîmière tout à fait remarquable, qui n'est pas sans nous rappeler d'autres cavités très similaires sur le plan architectural visitées précédemment, d'où l'intérêt croissant de ces comparaisons qui permettent de mieux appréhender les coutumes féodales abolies à la révolution.

Rappelons que la dîme était l'impôt sur le revenu, prélevé par le clergé à raison des 1/15e environ. Cet impôt se faisant en nature uniquement sur les récoltes et le produit du terroir. L'Eglise, se devait ensuite, en fonction des bénéfices, de payer un quota au roi sous forme de décime.
L'histoire nous dit peu quel était l'aspect des caves royales dont certaines sont souvent confondues avec de prétendues oubliettes d'ailleurs. En revanche, il est tout à fait facile de cerner la physionomie classique des caves gothiques qui servirent lieu au dépôt de la dîme tout au cours de l'ancien régime.
Malgré de légères variantes, toujours perceptibles en fonction des régions et terroirs, c'est avec toujours un grand intérêt que nous étudions ce type de cave peu connu et pourtant si fréquent.

Façade du XVIe siècle
Vue de la cour intérieure

Le quartier médiéval qui bordait la célèbre cathédrale gothique de Beauvais, fut en partie miraculeusement épargné des terribles bombardements qui touchèrent la ville durant la 2e guerre mondiale. C'est dans la rue du Tournebroche, plus particulièrement à son intersection avec la rue de l'Ecole-de-Chant que s'élève une très jolie bâtisse à pans de bois datée de la 2e moitié du XVIe siècle, admirablement restaurée il y a peu par le Département qui en est propriétaire. Cet édifice, inscrit aux monuments historiques depuis le 23 mai 1996, recèle sous son aile sud une double cave gothique, antérieure à la construction de surface puisque datée du début du XIVe siècle. Son accès se fait par l'intermédiaire de 14 marches modernes au bas desquelles une première salle quadrangulaire apparaît. L'escalier d'origine (comblé à la 10e marche) semble être le second qui s'observe juste à droite au bas des marches.

Salle gothique

La grande humidité du sol a eu pour conséquence un remblaiement sur au moins la mi-hauteur avec une couche finale de gravillon. Malgré tout, l'on peut tenir encore debout et en certains points on peut remarquer 2 m 50 de hauteur de plafond.
Pratiquement au milieu de cette première salle (de 5 m x 6 m 70) trône l'unique pilier circulaire gothique si caractéristique des caves dîmières. De ce dernier rayonnent 8 arcs brisés opposés admirablement construits. La craie dure (étage du Sénonien) semble constituer l'ensemble de la pierre taillée utilisée ici où de nombreux signes de tâcherons subsistent, bien que rudimentaires et malgré les effacements successifs dus aux nombreuses restaurations à des époques les plus diverses.
Un beau larmier juste sur la gauche, qui donne dans la rue du Tournebroche, permet le passage du jour. Ces ouvertures avaient pour rôle autrefois la ventilation qui assurait une conservation optimale des denrées entreposées ici.
Continuant la visite, on peut remarquer un épais mur de séparation qui communique par l'intermédiaire d'une brèche moderne à une seconde salle quadrangulaire, plus régulière et de facture assez similaire (5 m 50 x 5 m 50). Pas de pilier central cette fois-ci mais une remarquable croisée de voûte ogivale qui repose sur les quatres angles. La construction de cette seconde salle semblerait à priori contemporaine de la précédente.
Nous noterons une niche sur la gauche bien plus élaborée et esthétique que toutes les autres que nous avons pu observer. Elle se situe juste à côté d'un second larmier qui donne toujours dans la rue du Tournebroche.
Tout au fond, un petit passage arrondi conduit dans la partie la plus reculée à ce que l'on pourrait appeler un cellier. Assez modifié, ce petit cellier possède la particularité de ne pas être situé à un niveau plus inférieur que les grandes salles, comme il est de coutume. L'humidité, comme nous l'avons déjà souligné, ne peut qu'en être la cause. En effet, les vins qui devaient être entreposés dans cette partie de la cave n'auraient pas supporté cet excès hygrométrique et se seraient altérés. Assez court, ce petit cellier se compose de deux cellules latérales opposées en quinconce et d'une niche terminale dans la galerie d'accès.

Une niche plus élaborée
le cellier terminal

La singularité de cette ancienne cave médiévale est sans conteste d'être constituée de deux parties jumelles, lesquelles semblent être séparées par un mur d'apparence assez ancien. L'on peut penser en raison de l'humidité que la grande salle initiale n'ait pu jamais atteindre la profondeur prévue et de ce fait, au lieu de nécessiter l'empilement en hauteur des vivres, il fallut lui adjoindre une seconde salle, de fabrication plus coûteuse, pour pouvoir s'étaler. La preuve en est le cellier terminal qui, seul cas observé à ce jour, se situe au même niveau que les salles voûtées.
Précisons que Beauvais n'était pas particulièrement une cité productive en vins, ce qui explique ce typique espace de conservation aussi restreint.
Notons qu'à la cave dîmière de Dammartin-en-Goële nous avions déjà observé une seconde salle, mais les bâtiments, très remaniés, et dont certaines parties étant encore murées et inaccessibles à ce jour, ne permettaient pas de confirmer cette architecture à l'origine.



PLAN DE LA CAVE

RETOUR PLANNING 01/02-2001

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