Saint-Gervais-sur-Mare 34610
inventaire du patrimoine historique

par Francis CAHUZAC et collaborateurs

Dernière mise à jour : 5-04-2011


Commune du Parc Naturel Régional du Haut Languedoc, Saint-Gervais-sur-Mare est l'un de ces paisibles villages de moyenne montagne de l'Hérault, dans cette France profonde où il fait bon vivre.
En hiver, le climat y est rude et la neige recouvre la nature d'un magnifique manteau, mais en été le soleil méditerranéen fait son apparition et sous le cri strident des cigales, fait fondre inexorablement le bitume de ces petites routes pittoresques qui gravissent les pentes schisteuses au sortir de l'agglomération.

On discernera au nord sur la crête, l'ancien village primitif qui fut déserté au Moyen Age et dont ne subsistent que quelques éléments du fameux clocher de Nayran, identique à celui de l'an mille qui surmonte encore fièrement l'église du bourg actuel.

A l'ouest, notre regard ne peut manquer les impressionnantes cimes gneissiques de l'Espinouse, point culminant de la région où flâne le mouflon du Caroux dans la bruyère.
De là haut, le regard embrassera notamment vers le sud un panorama unique allant de la mer aux Pyrénées.

Bien que la Mare soit le fleuve principal qui borde l'agglomération au nord, c'est surtout le Casselouvre qui traverse le village médiéval et le sépare en deux.

On raconte qu'autrefois, quand la rivière était en crue et les fragiles premiers ponts emportés par les eaux tumultueuses, les hommes forts du village jetaient le pain d'une rive à l'autre pour pouvoir le faire cuire car le seul four banal autorisé était situé près de l'église sur la rive droite.
Le long de ses ruelles étroites, tout un pan de l'histoire de Saint-Gervais resurgit lorsque l'on observe ces vieilles demeures aux frontons gravés ou armoriés avec leurs passages pavés de calades et leurs vieux puits devenus désuets que le modernisme hélas transforme peu à peu.

Au sein de cette province viticole, Saint-Gervais était autrefois un important centre artisanal où l'on confectionnait, avec les jeunes tiges des nombreux châtaigniers de la région, des cercles dont en entourait les barriques pour les faire rouler.
La corporation des cercliers, qui a compté en son temps jusqu'à 160 artisans dans le village était la plus importante.
Mes arrières grands-parents s'étaient d'ailleurs vu attribuer, comme celà était d'usage dans le pays, un joli sobriquet, celui de "Barrouls" (rouleurs de barriques), surnom qui leur venait sans doute de leurs parents et qui est parvenu jusqu'à mes oreilles étonnées par une vieille dame centenaire qui m'avait pris pour l'un des mes aïeux...

Si l'on nomme le châtaignier, on ne peut passer outre son fruit omniprésent, qui une fois séché et décortiqué constituait le châtaignon, denrée de base grâce à qui jadis on ne connut guère de disette.
A côté de ces fruits des bois il faut citer aussi les délicieux champignons sauvages qui rendirent une célébrité telle à Saint-Gervais que l'on appelât bien vite et très simplement tous ses habitants les "Coamels" (champignons en occitan).

Une importante activité saint-gervaisienne, qui hélas également disparut, fut celle des cloutiers. En effet, dans tout ce district minier, où la matière première abondait (charbon et fer), il était facile de fabriquer des clous en quantité plus ou moins importante.
L'on fabriquait les modèles les plus divers, du clou utilisé pour la maréchalerie à celui de charpentier en passant par le clou décoratif à large tête qui enjolivait les si belles portes anciennes dont trop peu sont parvenues jusqu'à nous.
Toute cette activité séculaire malheureusement disparut au lendemain de la dernière guerre.

L'ultime industrie à décliner fut enfin celle de la mine. Triste destin qu'allaient connaître vers la fin des années 80 les mines de charbon qui seules perduraient jusqu'alors.
Un parcours rapide dans les environs immédiats de Saint-Gervais dévoile encore par endroits la présence de vieux terrils, témoins de cette activité aujourd'hui révolue.

Pour l'amateur en géologie, Saint-Gervais restera cependant toujours le paradis par excellence. Un coup d'oeil sur la récente carte géologique de Bédarieux au 1/50 000e, ayant Saint-Gervais exactement pour centre, laisse apparaître une complexité et une variété lithologique qui en fait l'une des plus laborieuses de France à étudier.
En effet, pratiquement tous les étages géologiques y sont représentés et quasiment tous les types de roches (ignées, et métamorphiques) existent dans son périmètre.
En ce qui concerne les minerais, l'on y a extrait autrefois, outre le fer et le charbon déja cités, le plomb, le cuivre, le zinc et les phosphates. Il y eut aussi des fours à chaux, des tuileries, des marbrières, de la bauxite, de la baryte et même l'or, l'argent et l'uranium connurent leurs heures de gloire.
Si nous rajoutons à celà les fossiles (trilobites, fougères, mollusques, dinosaures...), les sources thermales et minérales, on ne s'étonnera pas de trouver sur les anciens guides touristiques la présence d'un musée de géologie.
Malheureusement ce petit établissement sympathique a disparu il y a quelques années, depuis le décès de son instigateur l'abbé Boulanger, curé d'Andabre et géologue de renom, à qui nous rendons hommage ici, et à qui je dois, comme tant d'autres qui le suivaient inlassablement, ma passion pour les roches et la nature.

Ne cherchons plus la gare de ce petit bourg accueillant, qui maintenant a disparu au profit d'une gendarmerie moderne. Elle se situait sur l'ancien tracé d'Andabre à La Tour-sur-Orb qui se raccordait avec la ligne Paris Béziers via Clermont-Ferrand. Elle desservait, jusque dans le début des années 50, de nombreuses bourgades et zones d'activités qui peu à peu ont du fermer leur portes. Telles les fonderies de Graissesac ou la fabrique de cloches de Castanet-le-Bas où l'on y confectionnait il y a encore peu de temps les sonnailles, petites clochettes cuivrées et typiques destinées aux chèvres et aux moutons.

Nous pourrions énumérer encore longtemps les charmes de cette petite contrée méridionale, comme par exemple en citant le vieux pont de Trois Dents, qui enjambe avec ses trois arches majestueuses la Mare que surveille depuis des millénaires le rocher de la Baragogne, ou encore l'antique menhir en micaschiste du col de la Pierre-Plantée, situé sur un ancien chemin gaulois qui de là redescend dans la vallée ou grimpe encore vers la mystérieuse forêt de mélèzes des Ecrivains Combattants.
Laissons à présent la place aux images avec leurs explications qui ne seront pas sans surprendre plus d'un des villageois ou des touristes qui ont la chance de résider ou de passer seulement dans cet agréable terroir qui demeure assurément parmi les plus beaux de notre pays.




PATRIMOINE HISTORIQUE DE SAINT-GERVAIS-SUR-MARE         RETOUR CFPPHR


Inventaire du patrimoine de Saint-Gervais-sur-Mare 34610 - C.F.P.P.H.R. © 2011 - villedenevers@free.fr