NEVERS SOUTERRAIN

par Francis CAHUZAC

Dernière mise à jour : 6-10-2006


Il suffit d'observer le centre ancien d'une cité pour se rendre compte s'il y a eu autrefois des exploitations de pierre à bâtir dans la région. Le cas échéant, ces carrières ont été souterraines et la roche visible en surface vient des profondeurs obscures et humides de notre tréfonds, celui qui nous intéresse ici et que nous allons essayer d'esquisser dans le présent chapitre.

                    La ville ancienne de Nevers n'échappe pas à la règle. Ainsi dans le passé l'on y a extrait du calcaire dans son sous-sol. Ces vides antiques, aujourd'hui oubliés et parfois réutilisés en cave n'ont hélas jusqu'à présent fait l'objet d'aucune étude.

Contrairement à la pierre plus claire que l'on peut observer sur de nombreux édifices et qui proviendrait du nord nivernais, la Pierre de Nevers , plus jaune est malheureusement aussi plus gélive. Les intempéries ont obligé cette noble roche à subir au cours des siècles de nombreuses restaurations, si bien que peu d'endroits d'origine peuvent encore nous livrer leur secret. La Porte du Croux possède toutefois un certain nombre visible de ces pierres séculaires.

Bien que le sous-sol de Nevers, constitué de terrains jurassiques plutôt argileux (terre à faïence) ne fut pas particulièrement propice à l'extaction de la pierre, il semble qu'en rive droite de la Loire, notamment sur l'antique falaise surplombant l'actuel quai de Mantoue, qui borde l'ancien rempart, il subsite quelques traces mystérieuses de cavages. Sur ce même axe (ancienne RN 7) ont été localisées plusieurs caves sur au moins trois niveaux. Il n'est pas inutile de rappeler qu'en contrebas de ce rempart coulait autrefois la Nièvre aujourd'hui canalisée souterrainnement
La Porte du Croux


Caves de la rue Saint-Genest


Les caves de la rue Saint-Genest (versant ouest de la rue) nous montrent un ici un intéressant exemple d'utilisation pour le stockage des vins. Il est à noter que le versant est de cette même rue constitue un ancien flanc de coteau dans lequel s'ouvraient une multitude de souterrains qui auraient pu avoir comme origine d'anciens points d'extraction de la pierre. Malheureusement, à ce jour, aucun cavage accessible à notre connaissance ne permet de confirmer cette hypothèse.
Il faut signaler aussi que les sous-sols de la très ancienne église établie sur cette voie ont fait l'objet d'aménagements en abri de défense passive durant la dernière guerre.


Caves de la rue Fonmorigny

                    Au numéro 14 de la rue s'élevait une annexe de la célèbre abbaye de Fontmorigny située dans le Cher.
Cette dépendance servait aux moines, par l'intermédiaire de vastes caves, à entreposer une partie des récoltes de leur terres destinées à être vendues.
Bien que coupées et cloisonnées en deux, ces belles caves voûtées sont encore aujourd'hui visibles. Un salon de coiffure y installa naguère son office.
Ce remarquable ensemble gothique datant du XIVe siècle est actuellement inscrit aux monuments historiques.
Il est à noter que le joli puits à eau visible juste au dessus et qui, d'après le panneau d'information historique récemment installé par la ville, communique avec la cave en sous-sol, n'a en fait aucun rapport et n'a jamais communiqué.
L'un des deux piliers
de la cave des moines

Caves de la rue Adam-Billaut


Si les caves de la rue Saint-Genest nous montrent une utilisation pour le stockage des vins, celles de la rue Adam-Billault livrent avec encore une grande part de mystère la mise en fût de ce breuvage magique, avec notamment la présence d'une magnifique fontaine qui servait à rincer les bouteilles avant leur remplissage.
Comme pour la rue François-Mitterrand, et en raison de leur cote plus élevée, les vastes caves de la rue Adam-Billaut s'échelonnent sur trois niveaux. Ce triple niveau a été au moins attesté sur deux sites déjà visités pour cette même rue.


Caves de la rue du Commerce et de la rue de l'Oratoire


Actuellement renommée rue François-Mitterrand, la rue du Commerce, ancienne route nationale 7, monte du pied des anciens remparts jusqu'en centre-ville pour rejoindre la route de Paris. C'est au début de cette vieille rue que nous allons nous intéresser en premier en raison des magnifiques caves sur deux niveaux qu'il est encore possible de visiter.
Une première approche du niveau inférieur peut se faire depuis la rue même où l'on aperçoit dans le vieux rempart que surplombe une petite échauguette, l'entrée d'une remise à chevaux. Cet aménagement datant du XVIIe siècle dans le rempart, qui lui daterait du Ve au XIe siècle, est actuellement à l'abandon.
Un petit portail délabré, où l'on peut facilement regarder par-dessus, nous dévoile une vaste salle, autrefois aménagée avec des poutres et des planches dont subsistent quelques corbeaux, au fond de laquelle apparaît un magnifique cylindre de puits à eau.
Ce puits, traversant également l'étage supérieur et dont nous reparlerons, a été muré dans cet étage.
Une petite pente sur le côté droit permettait aux cavaliers de monter à pied pour rejoindre, outre la salle supérieure, les habitations situées dans la rue de l'Oratoire.

22-09-2002
Rue François-Mitterrand
Vue des 3 niveaux de cave
11-08-2002
Cylindre du puits traversant
le niveau inférieur
La communication n'étant guère aisée actuellement, nous continuerons notre visite en faisant le tour par la surface.
Nous nous trouvons maintenant dans la cour d'une splendide demeure datant du début du XIXe siècle. Remarquer sur les vantaux de la porte cochère d'entrée les deux heurtoirs, bien abîmés hélas, arborant le monogramme du marquis de Bonny.
La demeure grandiose et qui certainement a du en remplacer une autre plus ancienne nous ouvre l'accès sur la droite à une magnifique cave dans laquelle nous descendons par un bel escalier en pierre de taille. Cette traversée va nous permettre de rejoindre rapidement l'étage supérieur de la rue du Commerce.
Au bas de l'escalier nous obliquons de suite sur la droite pour traverser rapidement la haute cave et sa belle cheminée dont nous reparlerons.
Nous nous trouvons à présent dans une petite cour adossée à la demeure et bordée de murs. A droite, un aménagement dans le vieux mur nous mène à la partie supérieure de la cave de la rue du Commerce proprement dite.
Après avoir recoupé la montée de l'ancien passage commun, aujourd'hui couvert et muré un peu plus loin à ses deux extrémités, nous arrivons enfin à la partie haute de la cave. Une baie en forme de porte largement ouverte sur la rue nous confirme bien notre position supérieure à la remise. C'est à ce niveau que l'on peut observer le haut du magnifique puits et sa margelle usée dominant un petit promontoire accessible par 4 marches. Le puits, qui semble monter encore en surface, est fermé à son sommet par une dalle de ciment. Nous sommes là dans la propriété des Pères Maristes.
Si l'on observe maintenant l'orifice du puits en profondeur, on peut apercevoir le remblai qui occulte actuellement la nappe d'eau.

30-03-2003
Puits précédent
au 1er niveau
30-03-2003
L'orifice du puits
Sur la droite de ce puits, en direction de la sortie vers la cour, se situe une descente assez raide conduisant à la remise inférieure et par laquelle devaient autrefois monter les cavaliers. C'est notre passage difficilement praticable de tout à l'heure.
Notons que, vu de l'extérieur de la rue du Commerce, la remise à chevaux possède trois ouvertures. Nous sommes ici dans la plus haute. La lucarne intermédiaire du dessous était probablement autrefois l'éclairage pour un étage intermédiaire que matérialisaient d'anciens planchers disparus.
Nous allons à présent ressortir dans la courette intérieure de l'hôtel de Bonny pour retourner à notre visite sous la maison de l'ancien marquis sise rue de l'Oratoire.

30-03-2003
Le bel escalier de descente
Un accès de plain-pied se fait dans une vaste salle, ajourée de grandes baies au fond de laquelle trône une belle cheminée en pierre. Nous nous trouvons ici dans les anciennes cuisines de la grande demeure. Un vestige de tournebroche mécanique est encore visible sur la partie gauche de la cheminée.

30-03-2003
La cheminée monumentale
de l'ancienne cuisine
30-03-2003
Détail du mécanisme
du tournebroche
L'approvisionnement en eau était facile grâce à la présence du puits de la cave voisine, ce qui semble être l'usage dans d'autres caves du même type rencontrées à Nevers, rue Adam-Billault notamment.
La datation de ce vaste ensemble souterrain, dont nous n'avons pas pu tout visiter du fait de la fermeture de certaines parties en copropriété reste un mystère. On peut tout de même avancer que cette cave, certainement réaménagée au début du XIXe siècle, possède des parties beaucoup plus anciennes qui sont également visibles dans un niveau inférieur.
Cet endroit, beaucoup plus bas de plafond et plus réduit est accessible par un petit escalier qui se partage en deux et qui conduit à deux tunnels parallèles mais qui ne communiquent pas entre-eux. Au fond de l'un, derrière un tas de terre, nous avons retrouvé une double niche qui pourrait bien être caractéristique du XIVe siècle (époque templière).

30-03-2003
Deux niches probablement médiévales

Notons ici au passage que pratiquement toutes les vieilles caves de Nevers (Troyes, Orléans, Beauvais...) possèdent ce type de niche, double ou simple. Ce devaient probablement être des coffres-forts. Une feuillure et parfois un gond rouillé encore en place accréditeraient cette hypothèse.
Outre la vaste salle, dallée en tomettes où trône la belle cheminée, plusieurs autres salles, plus ou moins dans la pénombre servaient d'entrepôt.
On peut observer aussi une seconde remontée par un escalier étroit et sinueux qui permet d'accéder dans la maison. Ce devait être le passage réservé aux domestiques ou peut-être un ancien accès de la première cave avant son réaménagement.

Caves de la place Guy-Coquille


20-08-2003
Voûtes gothiques sous la place Guy-Coquille
20-08-2003
Ancienne porte de geôle

Il s'agit d'un remarquable ensemble de longues caves médiévales voûtées en ogive avec piliers centraux ayant servi de prison pendant la période révolutionnaire. On y retrouve encore conservées quelques portes de geôles caractéristiques.
La plus grande partie de ces caves n'est malheureusement plus visible car la banque les utilise en salle des coffres.
Notre visite n'a pu se limiter qu'à un petit ensemble privé provisoirement abandonné mais tout à fait représentatif de ce que devaient être ces très belles caves.

Caves de la rue du Quatorze-Juillet


28-08-2003
Ancienne cave dîmière sous la rue du Quatorze-Juillet

Ancienne rue du Tartre, la rue du Quatorze-Juillet borde dans sa partie basse et septentrionale la cathédrale et son ancien Cloître disparu en 1211 à cause d'un incendie. La petite cave que nous avons visité en passant par une maison de la rue du Quatorze-Juillet serait en fait l'une des deux caves dîmières de la ville, d'autant plus qu'elle se dirige tout droit vers l'ancien presbytère, remarquable bâtisse du XVe siècle située rue du Cloître-St-Cyr, juste en face de l'entrée nord de la cathédrale.
La raison pour qu'il y ait actuellement une seconde cave dîmière (sous la Chancellerie de l'Evéché) est due au fait que notre belle cave visitée devint trop exigue à une certaine époque. La reconstruction d'un nouveau site plus vaste s'imposa alors.
La cave de la rue du Quatorze-Juillet serait donc plus ancienne que celle de la Chancellerie qui dut fonctionner jusqu'à la période révolutionnaire.
Une anecdote pour terminer. On dit que durant la dernière guerre le maréchal Goering vint soigner son pied bot à Nevers. Il n'est pas exclu que la forme en bois de son pied repose encore parmi les milliers de moules stockés dans cette cave ayant appartenu à un ancien orthopédiste.


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