par Francis CAHUZAC et collaborateurs
Musique de Louis Claude DAQUIN (Le coucou)
Dernière mise à jour : 19-12-2008
Dès le XVIe siècle, se développe chez les puissants du royaume
la mode et le subtil raffinement de consommer glaces et sorbets durant la période
estivale. Pour ce faire, l'on recueille au plus froid de l'hiver la glace naturelle
des étangs et rivières, puis on la transporte et on la stocke dans de petits édicules
souterrains bien hermétiquement fermés à la manière d'une carafe isotherme. C'est ce
que l'on appellera une glacière.
Ces réservoirs à glace, très courants dans les parcs de châteaux, se caractérisent par
une ouverture souvent au ras du sol et située face au nord. Un court tunnel, parfois
muni d'un sas, descend ensuite en pente douce vers la réserve de glace proprement dite.
Celle-ci est située généralement au fond d'un grand puits circulaire que peut surmonter
un joli dôme régulier. Tout cet ensemble admirablement appareillé est recouvert d'une
petite butte de terre boisée pour bien conserver la fraîcheur, ce qui confère à ces
petits monuments la juste appellation de glacières tumulus.
Nettoyage à l'aspirateur du trou d'évacuation en fond de cuve
Petite glacière à Nevers 58000
Une glacière se devait d'être absolument sèche. En
cas d'infiltration quelconque, la glace ne tenait pas bien longtemps et on était
obligé de démolir l'édicule pour en reconstruire un autre.
Certaines personnes qui auraient pu voir dans les puits à eau une double utilisation
(Goussainville) seront bien déçus. A ceux aussi qui se sont posés
la question ; non la glacière du Mesnil-le-Roi avec sont puits profond n'était
en fait qu'un garde-manger.
C'est l'apparition du courant électrique et la fabrication des premiers
congélateurs artificiels à partir de 1850 qui sonnent le glas de ces pittoresques
monuments que l'on peut redécouvrir au gré d'une simple promenade.
Signalons pour l'anecdote qu'il existe encore à Paris au moins trois glaciaires en
état ; l'une dans le parc de Bagatelle, fort curieuse et assez ancienne, où l'on y
chargeait la glace par une trappe sommitale du dôme, une seconde dans les jardins de
l'hôtel de Matignon et une troisième dans l'hôtel des Ambassadeurs de
Hollande.
Le château de Versailles possède une triple glacière tout à fait
admirable, laquelle en cas de pénurie pouvait recourir à d'autres annexes dans
les environs, ce qui démontre bien l'engouement de cette consommation à la cour
des grands.