CAVES DIMIERES

par Francis CAHUZAC

Dernière mise à jour : 22-11-2004



Ancien impôt en nature sur le revenu en faveur de l'église, la dîme consistait sous l'ancien régime en un prélèvement obligatoire d'environ les 1/14e ou 1/15e parties sur les récoltes ou le produit du travail du terroir.
Cette collecte, qui pouvait notamment être organisée par les Templiers, était ensuite répartie entre les divers membres du clergé, mais ce dernier devait après coup payer au roi son quota sous forme de Décime.
Un point important résidait dans le stockage des vivres qui s'effectuait principalement dans une cave solide, de belle facture, suffisamment aérée et qui pouvait conserver la marchandise assez longtemps pour des besoins ultérieurs en cas de disette.
Ces caves, bâties dans un style assez typique, comme nous allons le découvrir, pouvaient laisser place à des granges qui remplissaient le même office. Ces dernières étaient cependant plus sujettes aux pillages ou incendies en cas de guerre, mais leur accès de plain pied, très pratique pour les charrettes, était un grand avantage.
Granges et caves dîmières pouvaient parfois se superposer, mais le cellier, quand celui-ci était présent, surtout dans une région de vignobles, se devait d'être construit dans la partie adjacente la plus souterraine.

Plailly 60128

Plailly est un charmant village aux confins du Pays de France que l'administration rattache à la Picardie, mais que nous situons géologiquement en Ile de France, de par les matériaux (gypse, grès, sables et calcaires) caractéristiques qui ont été extraits en de nombreux points et dont est bâti le bourg.
Nos remerciements à Monsieur le Maire, qui a bien voulu nous accorder une visite d'étude, ainsi qu'à son Adjoint aux Affaires Culturelles qui semble indiscutablement attaché à ce patrimoine que néglige pourtant l'archéologue départemental, certainement trop occupé par Senlis.
Nous accédons à la cave par une série de 19 marches modernes qui descendent dans un coin de la cour de l'école maternelle attenante à la mairie.
Il s'agit d'une remarquable salle voûtée en ogive, quadrangulaire de 5,60 x 6,00 mètres, possédant au milieu un magnifique pilier rond. Cet ensemble, probablement daté du XIIIe siècle, comme l'église proche, communique avec un petit souterrain découvert récemment lors de la construction de la bibliothèque municipale. Il semblerait que ce souterrain, à ne pas confondre avec un cellier, actuellement presque comblé, n'ait rien à voir avec la cave avec laquelle une communication qui n'existait pas à l'époque a été aménagée.
Une fouille récente a permis de mettre en évidence le sol d'origine de la cave, qui s'est accumulé au cours des siècles, à environ 50 cm sous le remblai.
Malgré ses dimensions assez réduites, cette petite cave présente à notre sens un intérêt historique considérable et sa remise en valeur, moyennant une petite restauration serait tout à fait louable.

Dammartin-en-Goële 77230

Riche d'un passé historique, comme l'attestent les nombreux vestiges dans la région, Dammartin, pittoresque village perché sur une colline, possédait également sa cave dîmière comme se devait de l'avoir tout bourg féodal important digne de ce nom.
L'accès à la cave se fait par l'intermédiaire d'un escalier situé dans l'angle nord de la petite église Notre-Dame. Cet édifice du XIIIe siècle, sert actuellement de dépôt au musée de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Goële et est situé dans l'enceinte du Centre Culturel de Dammartin " la Passerelle ". Nous remercions ici au passage Madame le Maire qui a bien voulu nous en autoriser l'accès.
Après ouverture de la porte serrurisée, nous descendons par l'intermédiaire d'une dizaine de marches modernes dans une petite salle d'environ 4 mètres de côté, au milieu de laquelle trône un magnifique pilier datant fort probablement de la construction de l'église. Ce dernier soutenait autrefois une croisée d'ogives qui a malheureusement été transformée en pyramide inversée de plâtre. Cette colonne circulaire intacte est d'autant plus remarquable qu'elle présente de fortes ressemblances avec celle qui fut découverte en 1981 à Saint-Denis dans la cave du 10 rue de Strasbourg, aujourd'hui détruite. Notons en fait qu'à l'époque deux colonnes avaient été découvertes et furent soigneusement extraites pour être exposées au musée archéologique de Saint-Denis.
Après comparaison minutieuse des chapiteaux, il s'avère que l'angle des corbeilles diffère très légèrement, ainsi que la plastique des feuilles (plus lisses à Dammartin). Il s'agissait vraisemblablement d'un réemploi à Saint-Denis, mais le pilier est bien en place à Dammartin.
Jouxtant à l'est notre première salle, on notera la présence d'une deuxième pièce, de plus petite dimension. Cette dernière devait autrefois faire parti du seul et même ensemble qui a été remanié pour consolider les fondations paraissant assez fragiles.
Trois ouvertures en soupirail (larmiers), côté rue sont visibles de l'intérieur. Nous ne retrouverons cependant pas les 5 ouvertures totalisées de l'extérieur, un murage à l'ouest ayant occulté la communication avec la première salle, ce qui est fort regrettable.
On s'étonnera cependant de l'absence de cellier, qui généralement fait suite dans une partie accessible plus en profondeur. Probablement ce fait étant dû aux murages intempestifs.

Etampes 91150

C'est dans le vieux centre historique de cette antique cité, tout près de l'église Saint-Gilles, que s'ouvre une magnifique cave dîmière dans les sous-sol d'un ancien hôtel qui servait de logis aux moines Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem de Chalou. Rien aujourd'hui au dessus ne laisse présager la présence de si belles caves du XIVe siècle dans ce bâtiment reconstruit au siècle dernier.
C'est grâce à la diligence d'un très aimable locataire que nous avons pu visiter ce superbe ensemble constitué, comme les précédents, d'une salle carrée voûtée en ogive avec au centre un beau pilier rond gothique. Outre ses dimensions plus importantes que les précédents sites, on notera enfin la présence typique d'un cellier adjacent, qui fait tant défaut aux autres sites étudiés, ainsi que d'un dallage au sol constitué de pavage en grès.

Vouillon 36100

Quittons à présent l'Ile-de-France pour nous rendre en Pays Berrichon, dans un tout petit village où la présence d'une magnifique cave dîmière peut nous paraître quelque peu surprenante.
C'est chez une dame âgée, qui a eu la gentillesse de nous permettre la visite que s'ouvre cette très belle cave, inscrite aux monuments historiques depuis 1930. Son accès s'effectue par la rue principale du bourg où une vieille porte serrurisée en ferme l'accès.
Après avoir descendu un superbe escalier en pierre de taille ancien, nous arrivons dans une vaste et belle salle carrée du XVe siècle voûtée en ogive avec toujours au milieu la présence du fameux pilier central d'où rayonnent toutes les voûtes.
Comme pour les autres sites visités, des larmiers encore en place assurent l'aération de cet ancien garde manger. On remarquera cependant un murage ancien qui devait très certainement correspondre au cellier, et que de nombreuses personnes non averties ont longtemps confondu avec un départ de souterrain.

Maule 78580

Maule, village historique miraculeusement épargné par les bombardements de la dernière guerre qui pilonnèrent la région, fut dès le IXe siècle un haut lieu de pèlerinage où subsiste encore de cette époque une magnifique crypte sous l'église Saint-Nicolas.
Non loin de là, l'ancien prieuré Notre-Dame du XIIIe siècle, servant actuellement à abriter le musée municipal, a conservé dans ses sous-sols l'une des plus belles caves dîmières que nous ayons pu observer à ce jour.
Inscrite aux monuments historiques depuis 1988, on descend à cette magnifique cave voûtée par l'intermédiaire d'un vieil escalier d'environ 25 marches. La surprise qui nous attend en bas est de taille, comme la pierre qui nous entoure ! Une haute et vaste salle d'environ 8 x 10 m avec un très beau pilier central rayonne sous la lumière naturelle que filtrent de vastes larmiers. De plus, l'accès au cellier en contrebas, qui est pour l'instant malheureusement comblé, se fait par quelques marches conduisant à de belles voûtes à redent.
Il est saisissant de remarquer le parfait état de conservation de ce site, remarquablement représentatif de ce qu'étaient ces vieilles caves dites dîmières ou champartresses il y a plus de sept siècles.




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