Compte rendu d'une visite à Notre Dame des Boves
Commune de Presles-et-Boves 02370

par Francis CAHUZAC

Journées des 5 et 6 mars 1989


Bien que le département de l'Aisne soit la terre de prédilection des anciennes carrières souterraines, nos recherches se sont plutôt orientées cette fois-ci vers d'anciens souterrains refuges (boves) des environs de cette commune qui de par son nom avait déjà retenu notre attention.
Presles-et-Boves est un village bien typique du Soisonnais, implanté le long de la vallée de l'Aisne à une 20 de kms à l'est de Soissons.
Les pierres dont sont faites les maisons, parfois très anciennes comme en témoigne l'église, ont toutes été extraites de carrières souterraines environnantes. C'est en outre dans cette belle région vallonnée au passé chargé d'histoire que s'est déroulée la célèbre scène du vase de Soissons (à Chassemy, situé à deux kilomètres de Presles-et-Boves). Un beau vase commémoratif en fonte couronne une fontaine publique au bas de la rue des Boves sur la Grand-place.

Notre-Dame des Boves
Carrière de la cote 145

Petit rappel sur la toponymie du nom du village de Presles-et-Boves :
- Presles : vient de prèles, qui désigne un végétal cryptogame affectionnant particulièrement les endroits humides et marécageux.
- Boves : dans les régions du nord de la Seine, on donne couramment à des caves de plus ou moins grande profondeur le nom de boves, qui est le synonyme de grottes, antres ou cavernes. Beauvais, par exemple, qui est une ville souterraine de premier ordre, illustre bien ces lignes.

On trouve spécialement dans le département de l'Aisne des villages ou des lieux-dits " les Boves, la Bovelle, les Bovettes " pour désigner ces endroits souterrains.

La colline sur laquelle est située la chapelle de Notre Dame des Boves, à 1,5 km au sud du village, est littéralement truffée de souterrains refuges et de petites carrières. Une plaque gravée à l'intérieur de la chapelle nous renseigne sur la raison de sa construction. Les villageois ont érigé ce petit monument pour remercier le ciel de les avoir cachés à une époque lointaine.
L'existence et la quantité de ces boves sur la colline laisse deviner que de tout temps, la région fut le théâtre et le lieu d'invasions barbares sanglantes. La situation privilégiée de ces souterrains refuges et de ces anciennes petites carrières permettait aux habitants du village de guetter sans être vu l'arrivée d'un ennemi par le fleuve et d'attendre paisiblement à l'intérieur le départ de celui-ci. Il ne leur restait plus ensuite qu'a reconstruire le village pillé et dévasté par la horde.

Habitat troglodyte dans les boves
Obus allemand dans les carrières

Le long de la route gravissant la colline au sud du village, on peut remarquer des deux côtés plusieurs entrées en cavage.
Durant notre séjour, nous avons campé dans la dernière carrière sur la gauche de la route, avant l'embranchement du chemin de terre qui part vers la chapelle de Notre Dame des Boves.
Cette carrière, peu profonde et qui possède un puits d'aérage, fut notamment occupée pendant la seconde guerre mondiale par une troupe de soldats américains. Les inscriptions gravées à l'entrée de celle-ci en témoignent. Il n'est pas exclu non plus que ce site ait été utilisé par les champignonnistes, bien que ces derniers avaient une prédilection pour des endroits plus vastes.

A peu près en face de notre carrière, de l'autre côté de la route, existe une succession de petits cavages reliés entre eux par de nombreux passages. Ce semblent être des " creutes " ou " muches ", que les soldats français de la grande guerre ont si durement défendus à l'approche du bourg. Nous n'avons malheureusement pas eu le temps de tous les visiter. Par contre, les cavités que nous avons pu le mieux étudier sont celles situées dans les environs immédiats de la chapelle.

Ces très anciennes carrières sont constituées de salles de taille variable, communiquant presques toutes entre elles. Un habitat troglodyte semble même y avoir été édifié. Certainement durant la première guerre mondiale, ou peut-être même avant.

Nous retrouvons dans ces boves de remarquables sculptures laissées là par des artistes inconnus, plusieurs bas-reliefs ainsi que des mangeoires à chevaux taillées à même la roche.

Un détail spécial a cependant attiré particulièrement notre attention et nous permet de croire que ces boves ont été creusées ou ont été occupées pendant un certain temps par des templiers. Ce détail est constitué de dessins gravés au compas que l'on retrouve en fait sur de nombreuses pierres et même dans le ciel de carrière. Ce sont des rosaces à 6 ou 8 pétales ou un cercle, parfois doublement marqué avec un point en son centre.
Nous avons fait la surprenante déduction que si l'on noircissait un intervalle sur deux, pour les roses à 8 pétales, il s'inscrivait à l'intérieur du cercle la croix pattée de l'ordre du Temple.

Crypte templière
Plan de la crypte

La découverte la plus surprenante reste celle d'une petite crypte située à environ une cinquantaine de mètres de la chapelle. Son entrée très cachée par la végétation en fait un endroit particulièrement peu fréquenté.
Ce site magnifique est composé de deux salles dont la première, d'environ deux mètres de haut, est voûtée d'une splendide croisée d'ogive. Un escalier également voûté, de treize marches, descend vers un cul-de-sac qui butte sur un front de taille.

Nous avons également retrouvé à l'intérieur de cette crypte les symboles tracés au compas précédemment décrits. Il y a en plus de cela, juste au bas de la treizième marche, de chaque côté de la paroi, deux croix gravées qui se font face.

Avant de terminer, signalons que de très nombreux combats durant la grande guerre se sont déroulés aux alentours de cette chapelle qui servait malheureusement de point de visée aux canons allemands. Tant et si bien, que la chapelle d'origine fut détruite à cette époque pour être remontée un peu plus loin afin d'induire en erreur les tirs ennemis. La chapelle actuelle, reconstruite à son emplacement d'origine ne date malheureusement que des années 20.


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